Vins du Rhône
 

Le vignoble de la vallée du Rhône s’étire sur près de 250 kilomètres entre Vienne et Nîmes, avec le fleuve impétueux pour fil conducteur. Cette grande région viticole (61 000 hectares) oppose deux zones fortement contrastées, et d’ailleurs séparées net entre Valence et Donzère. Taille, climat, terroir, encépagement, tout en effet distingue le nord du sud. Le vignoble septentrional, très étroit, escalade des pentes raides et difficiles à cultiver. Les sols sont essentiellement granitiques, l’environnement climatique dénote encore une influence continentale. L’encépagement, ascétique, se réduit à trois plants nobles : syrah en rouge, viognier ou marsanne en blanc. Dans les départements de l’Ardèche, du Gard, de la Drôme et du Vaucluse, le vignoble méridional s’épanouit au contraire généreusement, en remontant les affluents du Rhône. La vigne s’empare d’une riche mosaïque de sols, sous un climat franchement méditerranéen, et les cépages deviennent légion, autour du grenache, leur général en chef. Les vins rhodaniens cultivent la diversité, du simple Côtes du Rhône, compagnon du quotidien, aux grands crus de fête que sont l’Hermitage ou le Châteauneuf-du-Pape.


 

Rhône nord

Côte Rôtie. Rouge de couleur sombre, aux arômes épicés et framboisés, avec une note de violette, puissant, tannique, étoffé. Avec l’âge, il gagne en chair et profondeur, sur des nuances notes truffées et cacaotées. Sa garde atteint jusqu’à 15-20 ans. Il livre l’expression optimale de la syrah, qui peut recevoir le léger appoint du viognier. Non loin de Vienne, sur la rive droite du Rhône, le vignoble recouvre les abrupts coteaux de trois communes, Ampuis, Tupin-Semons et Saint-Cyr-sur-Rhône. Leurs pentes, vertigineuses, sont sculptées par de minces terrasses, sur lesquelles la vigne est conduite en échalas. Retenu par des cheys (murets), le sol friable est composé pour l’essentiel de micaschistes et gneiss. Les vins de la Côte Blonde, influencés par le calcaire et relativement tendres, se distinguent de ceux de la Côte Brune, issus de terres argilo-ferrugineuses et plus charpentés.

Condrieu. Blanc sec habillé d’or pâle, au bouquet floral (acacia, violette, iris), agrémenté de notes d’amande et d’abricot, à la bouche satinée et onctueuse. Ces arômes enjôleurs, ce soupçon de moelleux permettent d’apprécier le Condrieu dès ses premières années, même s’il vieillit bien. Le vin est issu du seul viognier, qui croît sur de rudes gradins granitiques, surplombant le Rhône. L’appellation concerne sept communes de la rive droite, réparties entre les départements du Rhône, de la Loire et de l’Ardèche.
 

Château-Grillet et ses escaliers de vignes

 

Château-Grillet. Blanc sec à la robe dorée, aux délicats effluves floraux, à la bouche riche et odorante. Ce vin soyeux passe d’une jeunesse flatteuse à une suave maturité, enjolivée par de délicieuses fragrances (musc, miel, pêche, violette). Le Château-Grillet couvre moins de 4 hectares, à cheval sur les communes de Vérin et de Saint-Michel-du-Rhône (Loire). Il appartient en monopole à un seul domaine. Ses rangs de viognier, implantés dans l’arène granitique et exposés plein sud, s’étagent en terrasses tout autour du vieux château. Exploité par la même famille depuis 1820, il a été racheté en 2011.

Saint-Joseph. Rouge au ton grenat, au corps charnu, avec des arômes de framboise, de cassis et d’épices. Issu de la syrah (petit appoint éventuel de raisins blancs), il est à point dans les 5 ans, même si certains millésimes vieillissent harmonieusement - Blanc sec vêtu d’or vert, alliant gras et fraîcheur, dans un registre agrumes-fleurs. Il est à boire dans les 3 ans. Son cépage est la marsanne, éventuellement complétée d’un peu de roussanne. L’aire d’appellation du Saint-Joseph s’allonge sur une cinquantaine de kilomètres, rive droite du Rhône, de Chavanay (Loire) jusqu’à Guilherand (Ardèche). Son coeur historique se situe autour de Saint-Jean-de-Muzols, Tournon et Mauves. Les coteaux, aménagés en terrasses, sont souvent très pentus. Les sols, principalement granitiques, alternent avec d’autres compositions (gneiss, micaschistes, loess, calcaire).

Hermitage. Rouge pourpre foncé, au nez kaléidoscopique (mûre, pêche de vigne, violette, cuir, épices), corpulent et charpenté. Lent à évoluer, il révèle avec l’âge une sève et des arômes profonds (notes animales et confiturées). D’une garde impressionnante, il tient sans faiblesse jusqu’à 20-30 ans. Ce grand seigneur provient exclusivement de la syrah (légère adjonction possible de raisins blancs) - Blanc sec couleur jaune d’or, élégant et long, avec son nez de fleur d’aubépine, d’acacia, d’abricot et d’amande. Constitué surtout de marsanne, il vieillit voluptueusement. L’Hermitage occupe un imposant coteau de la rive gauche, strié de murets, au-dessus de Tain-l’Hermitage. Cette colline majestueuse ondule en trois gros mamelons, exposés sud-est à sud-ouest. Le terroir est composé de granites, parsemés d’alluvions fluvio-glaciaires. On distingue plusieurs lieux-dits : Bessards, Greffieux, Méal, Murets, Rocoule, Beaumes. Le cru produit un confidentiel vin de paille, nectar doré obtenu à partir de raisins passerillés (marsanne principalement).

 

Monumental coteau de l’Hermitage

 

Crozes-Hermitage. Rouge rubis sombre, à la bouche ronde et glissante, aux arômes fruités-poivrés. Ce vin de syrah évolue agréablement, avec des notes de sous-bois - Blanc sec jaune vert, souple et floral, issu principalement de la marsanne, à boire jeune. La production de ces vins avenants concerne 11 communes de la Drôme, autour de Tain.

Cornas. Rouge noir-violet, aux notes de petites baies, d’humus, de tabac, au corps dense et tannique, assez sauvage au départ. Composé exclusivement de syrah, il se civilise après plusieurs années de bouteille, en prenant des nuances truffées et torréfiées. Il tient aisément jusqu’à 15-20 ans, c’est par excellence le vin de gibier. Le vignoble, planté dans l’arène granitique, gravit les terrasses escarpées de la seule commune de Cornas (rive droite).

Saint-Péray. Blanc sec à reflets verts, au bouquet d’acacia, de chèvrefeuille et de citron. Plutôt nerveux, il conjugue la marsanne et la roussanne. Depuis le début du XIXe siècle, c’est aussi un vin effervescent, grillé et floral. Le vignoble occupe les terrains argilo-calcaires et granitiques de Saint-Péray et Toulaud (rive droite), à la hauteur de Valence.

 

Rhône sud

Côtes du Rhône. Vin pouvant être produit sur l’ensemble de l’aire régionale, mais provenant pour l’essentiel de la zone méridionale. Rouge en écrasante majorité, à base de grenache (complément de syrah, mourvèdre, cinsault et carignan). Deux types, l’un souple et friand, l’autre plus robuste et capiteux - Rosé coloré et vineux - Blanc rond et floral, associant le grenache blanc, le bourboulenc et la clairette. Le Côtes du Rhône primeur, à base de cinsault, est fruité et gouleyant.

Côtes du Rhône-Villages. Rouge solaire et généreux, mariant épices et fruits, d’une richesse plus appuyée. Le grenache doit en composer au moins la moitié, la syrah et/ou le mourvèdre au moins le cinquième - Blanc et rosé en moindre proportion. Cette appellation est réservée aux vins d’une centaine de villages de la Drôme, du Vaucluse, du Gard et de l’Ardèche. Plusieurs d‘entre eux ont le droit d’apposer leur nom sur l’étiquette :

Valréas, Visan, Puyméras. Le premier est soyeux et aromatique (framboise, groseille), le second plus étoffé. Tous deux sont récoltés sur les argiles rouges de l’enclave des papes (portion du Vaucluse incluse dans la Drôme). Le troisième est produit à cheval sur les deux départements, par les mêmes terres argilo-caillouteuses.

Rousset-les-Vignes, Saint-Pantaléon-les-Vignes, Rochegude, Saint-Maurice. Ces quatre villages de la Drôme fournissent des rouges souples et parfumés, aux tanins feutrés.

Rasteau. Rouge coloré, corsé et charnu, avec un nez de fruits mûrs et de poivre. Il provient d’un terroir de galets roulés (Vaucluse).

Sablet, Séguret, Roaix. Ces trois villages du Vaucluse s’étendent au pied des Dentelles de Montmirail. Leurs vins, issus des terrasses caillouteuses de l’Ouvèze, sont ronds et bouquetés. Ils se savourent sur le fruit de la jeunesse.

Massif d’Uchaux, Plan de Dieu. Ces deux autres villages vauclusiens donnent, à partir de galets roulés, des vins plutôt puissants et corsés.

Laudun, Chusclan, Saint-Gervais, Signargues. Ce sont les quatre villages gardois. Laudun est réputé pour son blanc aux odeurs de garrigue. Chusclan donne un rosé plaisant, Saint-Gervais un rouge d’assez bonne garde. Quant à Signargues, ses terrasses quaternaires produisent un rouge chaleureux.

 

Au pied des Dentelles de Montmirail

 

Vinsobres. Rouge corsé et charpenté, provenant des marnes caillouteuses et sableuses qui bordent l’Aygues.

Cairanne. Rouge corpulent et chaleureux, récolté au pied de son village perché, sur des sols argileux, gréseux et sableux.

Gigondas. Rouge de teinte profonde, puissant, charpenté, aux arômes de fruits à noyau et de baies noires. Sa robustesse, sa sève, ses notes animales et de sous-bois en vieillissant, font de ce vin de garde le parfait compagnon des daubes et du gibier - Rosé opulent et corsé, à forte proportion de grenache, comme le rouge. Le vignoble garnit les terrasses de l’Ouvèze et remonte jusqu’au pied des Dentelles de Montmirail, sur un terroir d’argile rouge caillouteuse.

Vacqueyras. Rouge à la robe grenat foncé, chaud, tannique et odorant (mûre, cerise noire, épices, noyau) - Blanc et rosé en faible volume. Ce vin reflète son terroir brûlant, des terrasses argileuses et des molasses sableuses, à cheval sur les communes de Vacqueyras et de Sarrians.

Beaumes-de-Venise. Rouge velouté et chaleureux, à dominante de petits fruits rouges et noirs. Ce vin charmeur est récolté sur des calcaires tendres, et notamment des gypses du trias, qu’on rencontre sur Beaumes et les trois communes voisines.

Châteauneuf-du-Pape. Rouge à la robe pourpre, au nez chaud et épicé (cuir, cannelle, anis, fruits mûrs, réglisse), à la bouche ample et capiteuse. Ce vin de grande allure, solaire et exubérant, vieillit remarquablement. Si le cocktail traditionnel des treize cépages est depuis longtemps abandonné, ses principaux composants demeurent le grenache, le cinsault, le mourvèdre et la syrah (touche occasionnelle de muscardin, terret, clairette ou counoise). Le seigneur du Sud puise son tempérament ardent dans l’extraordinaire terroir de Châteauneuf : de grosses dragées de quartz charriées par le diluvium alpin, enrobées dans une matrice argileuse rouge ou jaune. Grâce à ces monceaux de galets roulés, la chaleur emmagasinée durant le jour est restituée au ceps pendans la nuit. Foultitude de domaines célèbres : Château Fortia, Château Beaucastel, Château de la Gardine, Château La Nerthe, Clos des Papes, Château Rayas, Château Mont-Redon, Domaine du Vieux Télégraphe - Blanc floral et minéral, puissant mais très fin. L’aire d’appellation déborde sur quatre communes limitrophes : Courthézon, Orange, Bédarrides et Sorgues.

 

Château des Fines Roches, haut lieu castelpapal

 

Tavel. Rosé fortement teinté (saignée), généreux, enveloppé, avec des notes poivrées et de fruits rouges. Agréable à boire jeune, le Tavel possède une réelle capacité d’évolution, cependant que sa robe se tuile dans une nuance orangée (dite crête de coq). Il repose sur le grenache, accompagné d’un petit cocktail de cépages noirs ou blancs (clairette). Son terroir, sur la rive droite du Rhône, comprend des argiles rouges à galets, des sables et des calcaires.

Lirac. Rouge corsé et rond, bien épicé. Le grenache y est majoritaire. On le récolte sur des terres argilo-caillouteuses, sableuses et loessiques - Rosé fruité, chaleureux - Blanc souple, au parfum floral. Aux portes de Châteauneuf mais sur l’autre rive du Rhône, l’aire d’appellation concerne quatre communes gardoises, dont Lirac et Roquemaure.

Côtes du Vivarais. Rouge plutôt croquant, issu du duo grenache-syrah - Rosé assez charnu - Blanc gardant de la fraîcheur (grenache blanc, marsanne). A la jointure de l’Ardèche et du Gard, le vignoble occupe les terres calcaires du plateau des Gras, au pied des Cévennes.

Grignan-les-Adhémar. Rouge souple et bouqueté (petits fruits, épices) - Rosé friand - Blanc plutôt tendre. Les vins de la région du Tricastin, issus de sols très variés, donnent la prime au tandem grenache-syrah.

VentouxRouge rond mais frais, avec des arômes de fruits, d’épices et de truffe. Certains vins sont plus charpentés - Rosé souvent pâle, joliment fruité (cerise, framboise) - Blanc assez confidentiel. Le vignoble s’étend sur une cinquantaine de communes autour du mont Ventoux, en descendant jusqu’au Luberon. L’encépagement est classique du Sud rhodanien (grenache, syrah, mourvèdre, cinsault, carignan), le terroir composé de terres rouges et blanches.

Luberon. Rouge souple et généreux. Certains vins ont plus de matière et d’étoffe - Rosé bien glissant - Blanc plutôt nerveux. Grenache et syrah sont majoritaires. Ils se partagent les deux versants de la montagne du Luberon.

Costières de Nîmes. Rouge chaleureux et aromatique (fruits rouges et noirs, garrigue, cacao) - Rosé coulant - Blanc discret. Le vignoble plonge ses racines dans le gress (cailloutis villafranchien) qui garnit les costières, au large de Nîmes et jusqu’à la Camargue.

 

A Beaumes-de-Venise

 

Rasteau. Vin doux naturel, en rouge, blanc (doré) et rancio. Sous sa couleur acajou, le rouge est tannique et puissant, avec des notes de noix, de réglisse et de chocolat. Le doré, de teinte cuivrée, marie le coing, la pâte d’abricot et l’orange amère. Les deux sont issus du grenache, récolté à Rasteau et petite partie de Cairanne et Sablet.

Muscat de Beaumes-de-Venise. Vin doux naturel, blanc (muscat à petits grains) et confidentiellement blanc-rosé (muscat noir). Sous son jaune d’or, c’est un vin suave, onctueux, très parfumé (citron, litchi, rose, jasmin). Il faut le boire jeune. Il provient des banquettes de Beaumes et de ses voisines, où se mêlent marne brune et calcaire gris.


 

Tous droits réservés © 2011, Michel Mastrojanni (texte et photos)