CARNET DE CAVE N°8

 

Où lon parle des vins du Château Guibot La Fourvieille (Puisseguin Saint-Emilion), du Château Beaulieu (Coteaux d’Aix-en-Provence) et du Château Fleur La Mothe (Médoc).

 

Bio, c’est mieux

Le Château Guibot La Fourvieille est un vieux domaine de Puisseguin Saint-Emilion. Venant de Saint-Emilion, on y accède par le lacis des petites routes qui strient les flancs de Montagne et de Puisseguin. La maison elle-même est bâtie en rebord de plateau, avec une vue plongeante sur le bassin de vignes qui redescend vers Lussac. Avec le Château Guibeau, son cru jumeau, le Château Guibot couvre une quarantaine d’hectares, d’un seul tenant. La propriété est entrée dans l’escarcelle des Bourlon à leur retour du Mexique, où la famille avait fait souche après l’épopée de Maximilien. Henri Bourlon (par ailleurs édile dévoué et inamovible de sa petite commune) a tenu longtemps l’exploitation. Le relais est passé à sa fille Brigitte et son gendre Eric, qui ont franchi le pas de l’agriculture biologique.
 

Le chai à barriques, dans l’alignement de la cuverie
 

Un chai impeccable prolonge la cuverie, fonctionnelle, conjuguant l’inox et le ciment. Les vins sont élevés de 12 à 16 mois en barriques, avec un prudent panachage des tonnelleries bordelaises. Le jeune couple a fait l’apprentissage contrasté du bio. Le Château Guibot La Fourvieille 2012 représente le premier millésime certifié : ce fut une délicate entrée en matière, après des débuts relativement épargnés. La pression parasitaire a été forte, exigeant des réponses immédiates tout au long du cycle végétatif. Avec son fruit expressif, sa matière bien coulante, son équilibre acide, ce rescapé du mildiou s’en sort plutôt bien ...
 


Le 2011 s’est extrait de sa gangue de jeunesse : couleur intense, notes de cassis et de torréfaction, corps fin et ramassé. Son expression droite révèle la bonne ouvrage. Le 2008 incarne l’année où fut répété le futur cahier des charges. C’est maintenant un solide gaillard, en pleine santé. Ses arômes de prune et de mûre emplissent la bouche. Coloré et puissant, il est soutenu par des tanins joliment poudrés, qui renforcent son tonus. Son ampleur actuelle, sa franchise devraient lui assurer quelques belles saisons dans le verre.
 

                LLL 

Bien nommé

Posé au milieu d’odorants bois de pins, le Château Beaulieu ne démérite pas de son nom. Sa "folie" dans le goût toscan, ses jardins reconstitués du XVIIIe siècle, l’air provençal qui vibre tout autour, rien ne manque à cette majestueuse propriété de Rognes, au cœur des Coteaux d’Aix-en-Provence. Son vignoble est d’une taille imposante (près de 180 hectares). Il occupe un site singulier, l’ancien cratère du volcan éteint de la Trévaresse, d’où le voisinage de veines basaltiques avec les sols argilo-calcaires typiques du massif. C’est du mariage de ces deux terroirs que le rosé, très majoritairement produit au château, tire son originalité.
 

         

Château d’inspiration italienne, jardin à la française
 

Le Château Beaulieu "Cuvée Alexandre" 2012 est issu d’un cocktail de grenache (70%) et de syrah (20%), assorti d’une pincée de cabernet-sauvignon. Les raisins ont été vendangés de nuit. Dans un chai monumental, à l’échelle des volumes produits (que le château partage avec la Cave des Vignerons de Rognes), ce rosé est vinifié par pressurage direct et fermentation à basse température. La robe est lumineuse (un rose framboise, très pâle comme il se doit), le nez gentiment acidulé. La bouche est fraîche, enrobée d’un gras léger, nuancée d’une pointe de groseille et de quelques éclats de silex. Le tout illustre le modernisme bon teint des rosés provençaux d’aujourd’hui.
 


 


Seconde vie

Comme nous le conte l’histoire du Médoc, il arrive que des châteaux connaissent un temps mort, puis la résurrection au gré d’un rachat. En 2008, c’est sur le Château La Mothe, cru bourgeois de Saint-Yzans, qu’un trio d’œnologues bordelais, emmené par Antoine Médeville, a jeté son dévolu. Les trois compères d’Oenoconseil, passant de l’assistance technique à l’art délicat de la vigne, l’ont rebaptisé pour l’occasion Château Fleur La Mothe ... Voilà donc douze hectares de bonnes graves sableuses et argileuses, répartis à égalité entre merlot et cabernet-sauvignon. Désormais, le sol est travaillé intégralement, et la vendange méticuleusement triée (trieur embarqué, table de tri). Les installations vinaires ont été rénovées, derrière des façades rhabillées de bois.
 

     


L’élevage se déroule entièrement en barriques. Premier à avoir bénéficié des nouvelles petites cuves inox qui collent au parcellaire, le Château Fleur La Mothe 2012 s’annonce avec grâce : bouche soyeuse, chair enveloppante, bon équilibre. Le 2010 amorce une carrière prometteuse. Aromatique, charnu, campé sur des tanins fins, il révèle un ensemble plutôt complet et élégant. Du haut de leur mothe (ce nom, fréquent dans le vignoble girondin, désigne une butte), nos trois œnologues devraient voir l’avenir en orange … couleur de l’optimisme.

 

Tous droits réservés © 2013, Michel Mastrojanni (texte et photos)