CÔTE ROANNAISE
 

La petite sœur du Beaujolais
 

On en parle peu, on en boit rarement - et lon a bien tort. Certes leur audience reste locale, mais les vins de la Côte Roannaise ont le goût sincère des petits crus qui pimentent cette zone incertaine quon nomme, par facilité géométrique, le Centre de la France.

 

En remontant aux sources de la Loire et de lAllier, voici donc une côte étroite, étirée entre une grosse dizaine de villages, à louest de Roanne. A peine deux centaines dhectares plantés. Hormis quelques inflexions vers le midi, la vigne regarde le levant, et prend douillettement le soleil du matin. Au-dessus de la frêle ligne de coteaux, moutonnent les monts de la Madeleine. Ce vieux massif hercynien, largement raboté, a légué au vignoble ses sables granitiques. Et sur ce maigre granite - microgranites, granites à gros grains, granites porphyroïdes - et à cette latitude, quoi de mieux pour exprimer le terroir, sinon le robuste gamay ? Celui des rouges pimpants et croquants, des rosés vifs et fruités, quon aime marier à landouillette ou au gratin de légumes. Notes de baies noires et dépices, fruité nerveux quaiguise la macération semi-carbonique, caractère primeur qui nécarte pas une tenue en bouteille de quelques années, lair de famille simpose avec les vins du Beaujolais (qui nest pas très loin).
 

Le gamay, cépage exclusif de l’appellation
 

Ainsi, du nord au sud, se succèdent les clochers dAmbierle, de Saint-Haon-le-Vieux, de Renaison, de Saint-André-dApchon, de Villemontais, de Saint-Jean-Saint-Maurice Autant de repères de cette France douce et champêtre, où le carré de vignes fait partie de la vie quotidienne. Les vins ne font pas plus de manières. En rouge, la plupart des producteurs de Côte Roannaise, pour étoffer un peu leur gamme, ont lhabitude de vinifier, à côté de leur cuvée traditionnelle, une cuvée issue des plus vieux ceps. Depuis belle lurette, le Domaine du Pavillon, à Ambierle, fait lhonneur de lappellation. Eric Villeneuve - le successeur de Maurice Lutz et de son ancien Clos du Pavillon - vient daccoucher un millésime formidable. Son rouge vieilles vignes 2009 est riche et complet ; des tanins souples enrobent un corps consistant, et signent un vin pétant de santé. Le rosé 2009 nest pas en reste, gras et éclatant. Quant au 2008, en rouge, il se fond maintenant, avec ses arômes de cassis et ses jolis accents minéraux.

On reste sur les rouges du cru. A Renaison, le Domaine de la Paroisse a, lui aussi, réussi le doublé : son 2009 révèle le punch et la plénitude du millésime ; il prend la suite du 2008, qui ne manque ni de rondeur, ni de matière. Quant à sa Cuvée à lancienne 2008, qui provient dune vigne centenaire et dont le foulage sest fait aux pieds, elle démontre un solide caractère, au-delà de sa petite pointe volatile. Toujours dans cette commune au cœur du vignoble, le Domaine Désormière, à partir dune sélection de vieilles vignes, concocte une cuvée dite Les Têtes (les profils de la famille ornent létiquette). Le 2008 roule vivement en bouche, avec du fond et une touche légèrement minérale. Une nuance "volcanique" quon retrouve plus nettement dans Montolivet 2008, la cuvée parcellaire du domaine. A Renaison encore, le 2008 de Vincent Giraudon savère dune grande franchise ; il contrebalance le fruit par une agréable tannicité, sur fond poivré. Et la Maison Clair montre quun Côte Roannaise peut affronter la cave. Latteste son vieilles vignes 2006, très frais, qui semble tout juste abandonner sa prime jeunesse.
 

L’un des ténors de la Côte Roannaise
 

A Saint-Haon-le-Vieux, Francisque Lapendéry prouve à son tour certaines capacités de garde, à travers un 2005 riche et long. Sur le même village, on trouve le Château de Champagny : son 2009 conjugue le fruit et une aimable nervosité. La minéralité est plutôt à rechercher dans sa Grande Réserve 2008, la cuvée de vieilles vignes. A Saint-André-dApchon, le 2008 du Domaine Bonneton, simple et fruité, se boit sans façon ; son vieilles vignes 2008 est plus concentré et charnu. A Villemontais, le vieilles vignes 2008 du Domaine des Pothiers affirme une certaine prégnance tannique. Une matérialité plus exprimée encore dans le Clos du Puy 2008, ferme et charpenté, soutenu par une bonne acidité ; on pourra lattendre. Ultime récompense pour les amateurs qui ne sabreuvent pas que détiquettes, tous ces vins ont lextrême bon goût dafficher des prix amènes. Ils franchissent rarement la barre des cinq euros.

 

Tous droits réservés © 2010, Michel Mastrojanni (texte et photos)