CARNET DE CAVE N°12


 

Où lon parle de plusieurs rouges de Chinon issus de l’agriculture biologique, et des vins du Château Haut-Macô (Côtes de Bourg).



Chinon sans poison
 



Gardienne du vignoble, l'emblématique forteresse des Plantagenêts ...
 

La tendance se confirme, le vignoble de Chinon s’adonne de plus en plus au bio. Reconversions et certifications se sont multipliées ces dernières années, et la douce contrée d’entre Vienne et Loire, peu à peu, recouvre son cachet originel : celui d’un jardin d’artisans, respectueux de l’environnement et des usages naturels.

Ce mouvement, le Château de Coulaine l’a illustré parmi les premiers. Posté à l’entrée du Véron, le charmant manoir d’Etienne et Pascale de Bonnaventure commande une douzaine d’hectares de vignes, éparpillées sur la commune de Beaumont et exploitées, depuis plus de quinze ans, selon les canons de l’agriculture biologique. Encore dans les limbes, le Château de Coulaine 2014 explose de couleur, de fruit et de chair. A l’inverse du 2013,  encore un poil revêche, il fera un gourmand vin de Pâques. La cuvée Les Picasses 2012, issue d’un terroir argilo-calcaire, offre d’emblée le côté juteux d’un millésime bien mûr. Sa texture est souple, sa bouche odorante, mais sa charpente s’avère solide, et l’ensemble y gagne son harmonieux équilibre. L’actuel Clos de Turpenay remonte à une donation faite à l’abbaye du même nom, au XIIIe siècle. Les vignes, quadragénaires, puisent là aussi dans la fraîcheur d’un sol argilo-calcaire. Comme la précédente, cette cuvée est élevée un an en fûts. Le 2011 est parvenu au complet épanouissement, même si son avenir ne laisse aucune inquiétude. Il repose sur des tanins soyeux, qui le molletonnent à plaisir ; on penserait volontiers au rabelaisien vin de taffetas.
 


 

On reste dans le Véron. Le domaine Olga Raffault, l’une de ses perles, s’est à son tour engagé dans la démarche biologique. La petite-fille d’Olga, Sylvie Raffault, et son mari, Eric de la Vigerie, conduisent l’expérience progressivement, depuis 2010. Ils n’en perpétuent pas moins le style, simple et élégant, des vins de la propriété. Récoltés sur les terres alluviales et les graviers de Savigny, Les Barnabés 2013 portent l’étendard de ces tendres vins pascals, dont l’expression joyeusement fruitée se conjugue à la précocité. On retrouve la structure plus ferme du tuffeau dans la cuvée Les Picasses, de ce lieu-dit fameux de Beaumont. Longuement macérée, elle connaît un séjour prolongé en foudres. Le millésime 2011, fin et gracieux, s’est largement ouvert. Il évolue joliment sur le fruit cuit, avec des notes cacaotées, et déborde de saine franchise. Le 2010 impressionne par sa stature. C’est un Chinon consistant, puissant, d’une grande netteté. Sa densité, sa force charnelle lui permettront sans doute d’aller loin, et de rejoindre dans la durée certaine mémorable bouteille (voir notre Carnet de cave n° 7 ) …

Dans le secteur de Cravant, l’excellent domaine Bernard Baudry a embrassé la cause bio en 2009. Bernard et son fils Mathieu bichonnent, sur le finage de Chinon, le Clos Guillot, planté à la fin du siècle dernier et combinant le tuf et l’argile. Complet quoique souple, marqué par les fruits rouges, le 2012 exprime à merveille le caractère du cru, à la fois guilleret et sérieux. La Croix Boissée, coteau fortement calcaire et exposé plein sud, figure parmi les meilleurs lieux-dits de Cravant. Cette cuvée est élevée en fûts de un à trois vins, pendant plus de douze mois. Le 2012 est un régal aromatique, dont la chair veloutée tapisse délicieusement le palais. Avec le domaine Wilfrid Rousse, on revient en Véron, plus précisément à la Halbardière, sur la commune de Savigny. Cette propriété se range sous la bannière biologique depuis 2008. L’une de ses cuvées provient du lieu-dit Les Puys, sur Chinon, un terroir argilo-siliceux doté lui aussi d’une belle exposition méridionale. Par son abord tendre et charnu, le millésime 2011 distille un charme pimpant, presque enjôleur.

De longue date, on apprécie les vins de Charles Joguet pour leur authenticité et leur classicisme. Dirigé aujourd’hui par la famille Genet, ce domaine phare de la rive gauche de la Vienne (commune de Sazilly) a entamé sa reconversion en bio voici deux ans. Pour l’heure, Les Varennes du Grand Clos 2012 délivrent le message de leur terroir sablo-argilo-calcaire, peaufiné par une année de fût : envolée de fruits rouges, chair délicate, joli support boisé. Fidèle à son coteau pentu de la rive droite (sur Chinon), le Clos du Chêne Vert 2012 se montre droit et vigoureux, comme à l’habitude. Et l’on ne se lasse pas des grands flacons du Clos de la Dioterie, à quelques rangs de la cave. Les très vieilles vignes de la parcelle, sans coup férir, transcendent le vin. Comme ce magnifique 2005 où virevoltent les fruits noirs, de couleur sombre mais si fraîche, au corps dense et étoffé, à la profondeur apaisante (voir encore Carnet de cave n°7 ).
 



 


Macô en Bourgeais

Situé sur les hauts de Tauriac, le Château Haut-Macô est un domaine discret, comme les Côtes de Bourg en compte beaucoup. Les générations s’y succèdent, les changements s’opèrent paisiblement, sans bouleversement radical. Anne Mallet et son frère Hugues en ont repris la barre voici dix ans - à la suite de leur père et de leur oncle. Le vignoble regroupe une cinquantaine dhectares, sur des terres argilo-calcaires et des boulbènes (sols sablo-argileux). Comme de plus en plus dans le Bourgeais, il compte des parcelles replantées récemment en malbec. Entre les bâtiments de la vieille propriété et les vignes, trône le chai d’élevage, un massif palais de béton construit au tout début des années 90. En forme de rotonde, il abrite un parc de fûts imposant ; les lots de merrains sont achetés directement par le château, qui gère lui-même la confection de ses barriques, chez le tonnelier.




Le chai à barriques du Château Haut-Macô

 

Autrefois, Bernard Ginestet avait remarqué que le nom de Macô fait écho à celui du village de Macau, en Médoc, de l’autre côté de l’eau - cette amusante coïncidence se répète pour plusieurs autres lieux-dits de Tauriac. Néanmoins la comparaison s’arrête là. Dans la bouteille, le Château Haut-Macô affirme sa personnalité - c’est un vin franc, sérieux, qui fait preuve d’une exemplaire régularité. Le Traditionnel donne l’avantage au merlot (environ 60 %) et dévolue le reste aux deux cabernets. Classiquement, l’élevage dure 18 mois, en barriques de un ou deux vins. Le 2011 laisse transparaître sa structure plutôt légère, mais le 2010, au nez puissamment cacaoté, commence à arrondir son fruit mûr et gourmand.

Les prénoms réunis de la cuvée Jean Bernard rendent hommage à la génération d’avant. Ce vin est composé majoritairement de merlot (80 %), cabernet-sauvignon pour le solde, et ne fréquente que des barriques neuves. Le 2011, assez boisé, se montre sur la réserve. Sous son habit grenat, le 2010 répand précautionneusement ses arômes - cassis et graphite. Mais sa bouche se révèle suprêmement équilibrée, entre fraîcheur et minéralité, et campe sur de solides tanins. On peut lattendre plusieurs années, sans le moindre souci. Il avait fallu ainsi patienter avec le 2006, dont la charpente initiale avait lentement fondu pour dévoiler son côté charnu et épicé. Le 2009 inspire une sensation de détente : robe sombre, nez fruité-fumé, expression chaleureuse caractéristique de ce millésime solaire. On avait naguère éprouvé le même plaisir avec un 1995 (en magnum) riche et profond, d’une texture ferme et généreuse. Cerise sur le tonneau, les vins de Haut-Macô sont vendus à point … et à prix aimable.
 

 

Tous droits réservés © 2015, Michel Mastrojanni (texte et photos)