CÔTE CHALONNAISE ET MÂCONNAIS

 

Quelques gorgées de blanc
dans le Sud bourguignon

 

Avec leurs paysages bucoliques où les rangs de vigne se mêlent aux prés et aux champs, la Côte chalonnaise et le Mâconnais concluent en beauté le sud du vignoble bourguignon. Si la couleur blanche prédomine dans les prairies, tachetées de vaches charolaises, elle s’impose aussi dans les verres, où le chardonnay donne des vins souvent délicieux.


Environné par des collines aux courbes gracieuses, le village de Rully offre une majorité de vins blancs. On en trouve d’excellents chez Anne-Sophie Debavelaere. Son climat Les Cailloux 2007 se montre net et nerveux. Encerclé par de vrais murs, bien aéré, le Clos du Moulin à Vent donne des grappes qui passerillent légèrement : le 2007 en tire son côté riche et corpulent, rappelant le raisin de Corinthe - caractère appuyé par l'élevage sous bois. Quant au premier cru Les Pierres 2007, il conjugue finesse et gourmandise. Le Domaine Chanzy propose depuis longtemps des blancs de qualité : le Rully Hermitage 2008 témoigne d'un bel équilibre, le 2005 est épanoui, floral, légèrement grillé.

Ce dernier domaine est situé à Bouzeron. Naturellement, il produit aussi de l’aligoté, celui qui a fait la réputation du village. Le Clos de la Fortune 2008 se signale par son fruit et une jolie trame minérale. Dans la commune, le Domaine de Villaine est une autre référence. Conduite par l’affable Pierre de Benoist, la propriété des cogérants de la Romanée-Conti s’est rangée sous la bannière de l’agriculture biologique. Son Bouzeron 2008 est rond, homogène, avec beaucoup de fraîcheur.

 

Montagny, réservoir de premiers crus

En enjambant Mercurey et Givry, voici Montagny. Le chardonnay reprend tous ses droits, d’autant que l’appellation est exclusivement blanche. En son Château de Cary-Potet, à Buxy, le regretté Charles du Besset produisait des vins pleins de sincérité. Chez lui, le Montagny "étalon" provient des Bassets (qui ont la particularité de se partager entre appellation "village" et premier cru). Le 2006 reste plaisant et allègre. Vinifié en fûts neufs, son premier cru Les Burnins est particulièrement racé, comme en témoigne le 2007, dense et profond. Les vignes de cet homme de bien, de surcroît pétri d'humour, ont été reprises par la famille Desfontaine, du Château de Chamilly. Dans son sillage, Arnaud Desfontaine continue d’honorer l’étiquette de Cary-Potet. Le climat Les Reculerons 2009 s’annonce fruité et complet.
 

Hauts de Montagny

Dans les hauts de Montagny
 

Toujours à Buxy, le Domaine Laurent Cognard tient cave au creux des vieux remparts du village. Vinifié en fûts, le premier cru Le Vieux Château 2008 illustre bien sa manière : charnu et séducteur, avec de la longueur et un côté toasté hérité de son séjour dans le bois. Rappelons que ce premier cru est l’un des plus réputés de Montagny, sur la bagatelle … des cinquante-trois que totalise l’appellation. A l’occasion, Laurent Cognard vinifie une originale Cuvée Maxence, issu de raisins "levroutés", c’est-à-dire ramassés en début de botrytisation.

A Montagny-lès-Buxy, il faut aussi goûter les vins de Stéphane Aladame. Entre notes florales et minérales, son premier cru Les Vignes Derrière 2008 est équilibré et doté d’une bonne matière. La Sélection Vieilles Vignes reste en premier cru, mais sans mention d’origine : le 2008 révèle beaucoup d’énergie sous sa chair friande, le 2007 allie l’ampleur à la rondeur. La récolte provient en réalité des Gouresses, des Las, des Platières et des Maroques. Sur la même commune, le premier cru du Château de la Saule est un classique. Originaire surtout des Burnins, le vin d’Alain Roy est vinifié et élevé en cuves inox. Aromatique et séduisant, le 2008 dévoile une forte expression florale. Non contents d’avoir du charme et d’être promis à une certaine garde, les Montagny ont en plus le tact d’afficher des prix raisonnables : à peine plus d’une dizaine euros, en premier cru. A méditer en Bourgogne ...
 

Caveau de Montagny

Caveau de Montagny
 

En passant la Grosne

La vallée de la Grosne marque la frontière entre le Chalonnais et le Mâconnais. En terre mâconnaise, les blancs maintiennent leur domination. Les villages de Viré et de Clessé ont uni leurs destins, voici une dizaine d’années, dans l’appellation Viré-Clessé. A Viré, le Domaine André Bonhomme en est un pilier, et son Vieilles Vignes 2006 est mûr et charmeur. Autre pilier, à Clessé cette fois, le Domaine de la Bongran, où officient Jean et Gautier Thévenet. Leurs vins tablent sur la maturité avancée des raisins, obtenue par des vendanges tardives. Le 2004, sous son habit jaune d’or, est une véritable dentelle, ciselée et gourmande, le 2002 tempère sa richesse naturelle par une extrême finesse. Leurs cuvées à forte proportion de sucre résiduel ont toujours le même brio, comme l’opulente Cuvée Spéciale Levroutée 1999 (issue d’une amorce de pourriture noble), mais les prix montrent que la critique américaine est passée par là.

Tout au sud du Mâconnais, le Saint-Véran est une appellation prodigue. A Davayé, le Domaine des Deux Roches offre un 2007 très agréable dans sa rondeur, plus juste que le vieilles vignes, trop boisé. Dans la même commune, le Domaine de la Croix Senaillet travaille bien son Saint-Véran : 2006 vêtu d’or vert, joliment arrondi, floral. Sous l’étiquette du Domaine des Poncetys, le lycée viticole de Davayé produit depuis longtemps des vins d’honnête facture. Les Cras 2008 est frais, vif, parcouru d’accents floraux, en maintenant la petite note minérale. Le beau clocher clunisien de Pouilly-Loché annonce qu’on se rapproche du fameux Pouilly-Fuissé. Au Clos des Rocs, Olivier Giroux réussit un Loché équilibré (2007 tendu et fin).
 

Château de Fuissé

Le Château Fuissé
 

Finissons par le seigneur du Mâconnais, l’inébranlable Pouilly-Fuissé. Le Château Fuissé semble renouer avec sa grande époque. Sa Tête de cru 2008 offre une belle tension minérale, le 2007 poursuit dans cette fine complexité. Provenant d’une parcelle derrière le château, Le Clos 2007 déroule une riche trame boisée. Le Vieilles Vignes 2007, issu de ceps remontant jusqu’à 80 ans, entièrement vinifié en barriques neuves, est impressionnant : un modèle de Pouilly ultra-complet, charnu et minéral. Solitaire au milieu des vignes, avec vue imprenable sur les roches de Solutré et de Vergisson, le Château de Beauregard est un autre haut lieu de l’appellation. La famille Burrier produit des vins réguliers, dont le climat Vers Cras 2007, vif et droit. Trônant au sommet de la gamme, le Grand Beauregard 2005 est puissant, corpulent, voué à la garde. Au Domaine de la Soufrandise, toujours sur la commune de Fuissé, Nicolas Melin a réalisé une belle sélection avec son Vieilles Vignes 2008, fin et parfumé.

 

Tous droits réservés © 2010, Michel Mastrojanni (texte et photos)